Dany Leriche
Jean Michel Fickinger
Nous sommes partis en 2009 au Brésil inspirés par les livres de Roger Bastide sur le Candomblé, les rites de possession, les transes. Nous avons été confrontés à la mixité des cultures africaines, amérindiennes et européennes. Nous avons été étonnés par l’amplitude et la place des religions dans la région de Bahia où nous avons réalisé notre projet entre Sao Félix, Cachoeira, Salvador et Itaparica, mais ce qui nous intéresse ici, c’est le mariage des cultures, et la survivance de la culture africaine à travers le Candomblé.

Les Familles Spirituelles du Brésil

"La révolution contemporaine, ce n’est pas la naissance de la pensée logique, c’est la mort de la métaphysique ou sa réduction au rôle de simple servante des intérêts humains." Roger Bastide, Le Candomblé de Bahia.

"Fils et Filles des Dieux"


Le Candomblé est, au son du tambour, au rythme du coeur, une transe, un rite de possession permettant une découverte de nos forces inconscientes. Ce rite brésilien était au XVI siècle celui des esclaves venus du Bénin (Afrique de l’ouest), sur les exploitations sucrières du Brésil. Il recréait, dans leurs mémoires leurs croyances millénaires. Les rituels aident au tissage de liens sociaux et à la résolution des tensions.
Jean Rouch dans son film "Les Maîtres fous" retient surtout les vertus thérapeutiques que la transe semble avoir sur ses protagonistes, merveilleux remède aux duretés de la vie…
Pour pouvoir exister, la pratique du Candomblé s’est faite sous la couverture des saints de l’église catholique. Elle a fini par les adopter et a développé un harmonieux syncrétisme entre ces deux religions: par exemple, Oxossi (dieu chasseur) se trouve caché derrière Saint-Georges, Yansa (la guerrière) derrière Santa-Barbara, Xango (dieu de la justice) derrière Saint-Jérôme, Ogum (dieu de la guerre) derrière Saint-Antoine, Oxumaré (l’arc en ciel) derrière Saint-Barthélemy, Omulu (dieu de la guérison) derrière Saint Lazare etc... ces divinités s’appellent "Orixas".
Depuis le XVI siècle le Candomblé a survécu au croisement des mouvements de population, à l’expérience urbaine, à l’héritage colonial et aux pratiques hybrides du monde moderne , mais qu’en est-il aujourd’hui du Candomblé à Bahia? Est-il menacé par les nouvelles technologies de marketing d’autres églises proliférantes?
Il suffit de faire quelques pas dans les rues de Salvador pour découvrir tous les dix métres de nouveaux lieux de cultes. Universités, télévisions, sites internet, journaux, livres, tracts: les évangélistes et leurs pasteurs vedettes disposent de grands moyens pour convertir la planète entière . Ils sont d’une intolérance qui détonne dans cette société brésilienne métissée et tolérante. Ils sont les ennemis jurés du syncrétisme religieux par lequel indiens et esclaves noirs ont gardé leur culture en intégrant la religion catholique qui leur était imposée.
Si le Candomblé a été la réinvention d’une religion africaine à Bahia, comment survit-elle au Togo, au Nigeria ou au Bénin (ancien Dahomey), pays communiste de 1974 à 1989 ? Curieusement, l’église de Bonfim de Salvador a été reconstruite à l’identique au Bénin par les esclaves libérés, rentrés au pays. Des syncrétisme religieux de même type se sont installés sur l’île de la Réunion. Au Nigeria, on trouve le plus grand nombre d’églises et de mosquées dans le monde, mais il y a aussi beaucoup d’organisations traditionnelles africaines. On compte plus de 250 différents groupes ethniques adorant encore les Dieux et les Déesses des ancêtres. En Afrique noire, comment les religions traditionnelles intègrent-elles ou rejettent-elles l’expansion récente de l’Islam ?
Ayant commencé ce travail photographique et plastique sur les cohabitations possibles des "Familles Spirituelles", c’est maintenant en Afrique, dans les Caraïbes, en Guyane française et dans l’océan indien que nous aimerions poursuivre nos recherches.